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Côte d'Ivoire : Ce chef du village, ses notables et un instituteur toujours aux mains des ravisseurs

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La peur et la hantise continuent d’habiter les populations de Dreupieu, dans le département de Danané.

Il y a quelques jours, une vingtaine de soldats de l'armée guinéenne avaient fait irruption dans ce village pour kidnapper les autorités coutumière. L'instituteur, le premier de la toute nouvelle école de ce village, a lui aussi été pris par ces hommes en treillis.

Le vendredi 4 mai 2018, nous nous sommes rendu à Danané pour en savoir davantage. A Danané, cette ville frontalière de la Guinée, l'enlèvement de ces personnes a fait l'effet de bombe. « C'est au cours de nos réunions hebdomadaires que nous avons appris que l'un de nos collègues, en la personne de Glami Gueu Narcisse, faisait partie de ceux qui ont été kidnappés par les forces armées guinéenne », nous a appris S. Diomandé, responsable des évaluations à l'Inspection de l'enseignement primaire de Danané.

Pour protester contre l'enlèvement de leur collègue, tous les instituteurs de Danané ont arrêté les cours depuis le mardi 2 mai. « Nos collègues ont arrêté les cours pour protester contre la passivité ou le désintérêt des autorités administratives. Cela fait à peu près deux semaines que des Ivoiriens sont aux mains des hommes armés se réclamant de l'armée guinéenne et on ne voit rien bouger », s'est plaint cet instituteur.

Nous prenons congé de lui et fonçons sur Dreupieu. Pour aller dans ce village, nous traversons Trokolimpleu, Doueuleu, avant d'arriver à Goueupouta, dernier village situé à 21 km de Dreupieu. Là, notre course s'arrête. Impossible de nous rendre dans cette bourgade.

« Nous déconseillons à nos parents de se rendre dans ce village. Les Guinéens ont été très menaçants et nous ne savons pas ce qu'ils préparent. Nous avons abandonné champs et maisons et nous sommes actuellement à Goueupouta. Nous attendons les assurances des autorités », a indiqué un paysan. Certaines personnes viennent nous exposer leurs déboires au cours de la descente des hommes armés. D’autres racontent avoir été bastonnés, quand d'autres encore nous confient avoir dormi dans les forêts avoisinantes.

Nous insistons pour nous y rendre, mais la mission s'avère impossible. La seule voie qui serpente entre les granites est une piste empruntée que par les motos d’une certaine puissance. D'ailleurs, depuis les événements malheureux, le trafic est interrompu. Depuis la survenue de cet incident, les populations de Dreupieu ont trouvé refuge à Goueupouta pour certains et à Doueuleu ou à Daleu, pour d'autres. Nous rebroussons chemin pour retrouver le chef de terre, Kpan Denis à Danané. « J'étais ici à Danané quand ces événements sont survenus. Au début, on avait cru à une blague mais avec tout le sérieux que l'affaire prend, nous avons peur », nous apprend ce chef d'une soixantaine d'années.

Parlant de son village, il nous apprend qu'il en fut l'un des premiers fondateurs. D'ailleurs, il bat en retraite toute appartenance de Dreupieu à la Guinée. « Dreupieu est situé à 6 km de la frontière guinéenne. Nos deux peuples se fréquentent mutuellement et il n'y a jamais eu de prise de becs entre nous. On comprend aujourd'hui mal pourquoi la Guinée réclame cette partie. Nous faisons nos plantations en tenant compte de la frontière. Vraiment, nous en appelons à la promptitude des autorités ivoiriennes parce qu'à Danané, il y a aussi assez de Guinéens. Il faut éviter que le pire ne se reproduise », a expliqué Kpan Denis.

Après la visite au chef de terre, nous nous rendons chez le Sous-préfet de Daleu. Malheureusement, l'autorité administrative restera de marbre à toutes nos interrogations, nous ramenant vers la Direction générale de l'administration du territoire (Dgat). « Nous sommes contraints par la loi de l'omerta. Nous n'avons rien à dire sans la caution de nos supérieurs hiérarchiques », a-t-il réagi. De chez le Sous-préfet, nous arrivons chez le préfet. Mais jusqu’à ce que nous mettions sous presse, il n’était pas encore arrivé.

 
L'histoire de Dreupieu

Dreupieu est une localité située à 58 km de Danané. C'est dans les années 90 que ses premiers habitants mettent pied dans cette forêt autrefois vierge. Avec le temps, sa population, en majorité paysanne, s'est accrue à une allure vertigineuse au point de damer le pion aux gros villages comme Doueuleu ou Goueupouta. Ce village de plus de 700 personnes regorge d'une école primaire et de quelques lieux de cultes. Il n'y a ni électricité ni point d'eau courante. On y retrouve presque tous les ressortissants de la Cedeao. D'ailleurs, au cours de leur razzia, les assaillants ont mis la main sur les chefs des communautés autochtones, allogènes et allochtones. Depuis quelques jours, cette bourgade ne connait plus de tranquillité du fait de ces assaillants. Le village est surveillé par des soldats de l'armée ivoirienne qui y ont installé un camp. Ceux-ci, surpris par l'attaque des Guinéens, ont dû déserter leurs postes.