Couple et Sexualité

Vie de couple : rester malgré la souffrance / TEMOIGNAGE

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Nous l’appellerons Aby, pour conserver l’anonymat. Elle est mon amie depuis bientôt 4 ans. Sa sociabilité et son élégance m’ont tout de suite plu. Sous son sourire jovial, j’étais loin de m’imaginer à quel point sa vie était un calvaire. Elle m’a racontée sa vie conjugale qu’elle a bien voulu que je partage avec vous.

 

REDACTION : Tu pourrais d’abord nous parler de toi.

ABY : J’ai 44 ans. Je suis mariée depuis bientôt 18 ans et j’ai 03 enfants.

REDACTION : comment tu as connu ton mari ?

ABY : je l’ai connu lors d’une soirée en boîte avec mes copines. Il était avec aussi accompagné de ses amis. Ils nous ont approchés et lui m’a tout de suite « ciblée » (elle rigole). Ils nous ont offert à boire et nous avons tous passés la soirée ensemble. C’est depuis ce jour qu’on a commencé à sortir ensemble.

REDACTION : Comment se passait votre relation avant le mariage ?

ABY : On s’aimait tous les deux comme des fous. On était inséparables. On a fait les 400 coups ensemble. Sa famille m’a adopté et la mienne l’a adopté. Il me couvrait de cadeaux et d’argent. A l’époque il avait une excellente situation professionnelle. Il lui arrivait de claquer des centaines de mille francs en une soirée. Mais quand je l’ai connu il buvait beaucoup. Il était complètement accro à l’alcool. Et les amis avec qui il s’accompagnait étaient tous aussi accros. A chaque sortie nocturne, c’est lui qui leur payait l’alcool, et des bouteilles très chères. Au fur et à mesure j’ai compris que ses gens qu’il appelait « ses amis » n’étaient en réalité que des parasites.  J’ai alors commencé à l’aider à sortir de l’alcoolisme. Il me faisait à chaque fois la promesse ferme d’arrêter, mais il rechutait tout le temps. Il a alors commencé à sortir le soir à mon insu avec ses « amis » et d’autres filles que moi. Ses amis lui faisait croire que j’essayais de l’éloigner d’eux par méchanceté et lui présentaient d’autres filles. J’avais chez lui une de ses sœurs qui m’avisait à chaque fois qu’il sortait. Et dès que je savais où il était, j’allais le rejoindre. Je le trouvais complètement ivre en compagnie de prostituées et la table pleine de bouteilles d’alcool de luxe. Plusieurs fois je me suis battue avec ce genre de filles.

REDACTION: Tu t’es battue dis-tu ? En pleine boîte de nuit ?

ABY : Oui en pleine boîte de nuit et même en pleine rue.

REDACTION : Tu te battais sous ses yeux pour lui ? Et lui il réagissait comment ?

ABY (elle rigole). Lui il était tellement ivre qu’il ne se rendait même pas compte de ce qui se passait. C’est dans cet état que je le trainais jusqu’à chez lui et après je rentrais chez moi.

REDACTION : As-tu réussi à le sortir de l’alcoolisme ? Est-ce qu’il a continué à boire après le mariage ?

ABY : Pour qu’il arrête de boire je suis allée voir un marabout petit-fils d’un saint homme. C’est grâce à ses prières qu’il a laissé tomber l’alcool. C’est d’ailleurs juste après ça qu’on l’a affecté à …(dans une pays de la sous-région dont nous tairons le nom).

REDACTION : Une fois qu’il a voyagé votre relation a continué ou pas ?

ABY : Quand il est parti j’ai failli devenir folle. Je ne mangeais plus, je ne dormais plus. Je passais mes journées à pleurer. Il m’appelait tout le temps au téléphone mais ça ne me suffisait pas. J’ai décidé d’aller le rejoindre.

REDACTION : A la période dont tu parles vous n’étiez pas encore mariés. Tes parents, musulmans comme toi, ont accepté que tu ailles rejoindre un homme qui n’était pas encore ton mari, à des milliers de kilomètres d’ici ?

ABY : Mes parents n’ont pas accepté mais je leur ai tenu tête. Quand j’ai compris qu’ils ne changeraient pas d’avis, j’ai tout manigancé avec mon copain et je ne les informé que le jour même de mon départ.

REDACTION : Donc ton copain était d’accord pour que tu viennes le rejoindre ?

ABY : Oui, et il m’a même donné l’argent pour me confectionner un passeport  et pour mon billet d’avion.

REDACTION : C’est quand même un grand sacrifice ! Tu travaillais à l’époque où tu étudiais ?

ABY : Je n’ai pas fait d’études poussées. J’ai toujours été douée pour la couture et la coiffure. J’exerçais ces métiers chez moi, chez mes parents. Et ça marchait très bien pour moi.

REDACTION : Et tu as tout quitté pour rejoindre ton copain ?

ABY : Je ne pouvais pas vivre loin de lui. Mais quelques mois après mon départ, le mariage a finalement été scellé.

REDACTION : D’accord. Comment ça s’est passé quand tu es arrivée dans le pays de ton mari ?

ABY : Très bien. On vivait ensemble. Au début je ne faisais rien de mes journées. Mais j’ai commencé à m’ennuyer et il m’a ouvert un salon de coiffure. Je me faisais beaucoup d’argent chaque jour. Les femmes dans ce pays sont très coquettes.

REDACTION : Comment se comportait-il avec toi ? Avait-il continué à rester sobre ?

ABY : Il se comportait très bien avec moi. Il ne buvait plus. Mais il draguait toujours autant les filles avec qui il dépensait tout son argent. Des fois il attendait que j’aille travailler au salon pour ramener des filles en pleine journée à la maison.

REDACTION : Comment sais-tu qu’il ramenait des filles alors que tu travaillais au salon ?

ABY : Parce que la petite bonne que j’avais à la maison l’espionnait pour moi.

REDACTION : Encore ? Dans ton pays d’origine l’espionne c’était sa sœur. Et là-bas c’était la petite bonne ! Pourquoi tu jugeais nécessaire à chaque fois de le faire espionner ? Tu ne lui faisais plus confiance ?

ABY : Je ne lui faisais plus confiance parce que je savais qu’il avait la faiblesse des belles femmes. C’était plus fort que lui.

REDACTION : Et une fois que la bonne t’informait, tu allais aussi te bagarrer avec ces filles là aussi ?

ABY : Je confiais le salon aux filles du salon et je rappliquais dare- dare à la maison. Je chassais les filles et avec lui c’était de grosses disputes. Ce qui me blessait le plus, c’était qu’il gagnait bien sa vie en tant qu’expatrié mais il n’arrivait jamais à investir concrètement ses revenus. D’ailleurs il a commencé à délaisser son travail de plus en plus et un jour sa Direction Générale l’a rappelé dans notre pays d’origine. Une fois arrivés, il a été rétrogradé pour ne pas avoir atteint les objectifs qui lui avaient été fixés. Du jour au lendemain on n’avait plus rien. Entre temps on avait eu notre 1er enfant. Sa fierté ne lui permettait pas d’aller vivre chez ses parents. On vivait en location mais c’est à peine si on arrivait à payer le loyer. Je suis revenue de son pays d’affectation avec un nombre incalculable de bijoux en or. J’ai tout vendu pour pouvoir payer le loyer et nous faire à manger. J’avais en charge tous les petits frais de la maison.

REDACTION : Parle-moi maintenant de ce qui te ronge : ton mari a fini par te prendre une co-épouse !

ABY : (elle se tait quelques secondes). Oui cette femme a été sa maitresse pendant 7 ans. Sept années où j’ai enduré les week-ends seule avec les enfants pendant qu’il était avec sa maîtresse. Il ne me donnait plus rien pour la popote à la maison, mais se permettait de payer à sa maitresse toutes ses ordonnances. Cette femme osait même l’appeler devant moi à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Et puis elle a a marabouté mon mari. A un certain moment, mon mari ne me supportait plus : ni de me voir ni de me toucher. Moi aussi je me défendais mystiquement et j’ai beaucoup dépensé chez les marabouts. Eux tous me promettaient que jamais il ne prendrait de deuxième femme.  Et puis un jour il est venue à la maison accompagnée de la femme et m’a juste dit « je viens te présenter ta co-épouse ».

REDACTION : Comment l’as-tu vécu dans les premiers instants ?

ABY : Je passais mon temps à pleurer. Et je lui ai demandé pourquoi il avait jugé utile non seulement d’avoir une maitresse sous mon nez pendant 7 ans sans rien m’en cacher mais en plus de l’épouser en cachette et de me mettre devant le fait accompli. Il m’a dit qu’il était musulman et que c‘était son droit. C’est après que j’ai su que la fille avait même été chez ma belle-famille et les avez couverts de cadeaux. Et que ma belle-mère avait demandé de venir la voir tous les week-ends pour qu’elle puisse se familiariser avec les proches.

REDACTION : Et malgré tout, tu as décidé de rester. Pourquoi ?

ABY : Parce que j’ai mes enfants. Je ne veux pas les priver de leur père. En plus je ne vais pas donner à cette s…… (elle insulte sa co-épouse) le plaisir de quitter mon foyer. Je vais rester et je vais me battre pour récupérer mon mari. Je n’ai pas galéré toutes années avec lui pour qu’aujourd’hui tout soit pourri par une autre femme. Je refuse de lui céder la place alors que si mon mari en est arrivé jusque là au point qu’elle puisse l’aimer c’est grâce à moi.

REDACTION : Tu penses le récupérer un jour ?

ABY : Elle l’a marabouté pour qu’il l’épouse. Je ferai en sorte que le maraboutage cesse et il va me revenir.

REDACTION : Avant même votre mariage tu as consenti beaucoup de sacrifices, qui ont continué après le mariage. Comment analyses-tu les choses avec le recul aujourd’hui ?

ABY : Je le regrette beaucoup. Il n’en valait pas la peine. Mais je l’aimais et je l’aime toujours. Aujourd’hui je n’ai même plus les moyens de continuer mon travail de couturière et de coiffeuse. Je vis chaque jour en fonction de ce qu’il veut bien me donner. Mais je n’ai pas le choix. Je vais quand même rester et attendre qu’Allah me vienne en aide.

REDACTION : Quelle est la qualité de tes relations avec ton mari aujourd’hui ? Vous vous entendez bien ?

ABY : Je souffre énormément. On se supporte, c’est tout. Je ne peux pas le regarder sans penser à la trahison. Il n’arrive même plus à gérer les dépenses de la maison. Et moi je n’ai plus les mêmes moyens qu’avant.  Je l’aime toujours mais j’ai le cœur brisé.

 

FIN DE L’ENTRETIEN

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